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Mémoires d'un Spectrumiste
Par CSKi - Crée le 05/11/2002 - Dernière modification le 20/01/2005

Mémoires d'un spectrumiste

Ca y est... Plein d'entrain et d'auto-suffisance (je suis chanteur...ça devrait suffire à éveiller vos pires cauchemars d'égocentrisme déplacé), j'allais gaillardement attaquer un momentum en cinq volumes sur le pourquoi du comment du Spectrum Sinclair 16 K et ses succédanés (Spectrum 48 K, Spectrum +, Spectrum +2, Spectrum 128 K, sans compter le QL qui enterrait le Mac à l'époque)... Et paf, d'un seul coup, le doute m'habite...

Par où commencer ?

Les fans d'Atari peuvent se gausser d'avoir la machine la plus complète jamais créée au monde (les possesseurs de Falcon qui sont passés au PC en branchant une carte MIDI externe avec IRQs au p'tit bonheur la chance savent de quoi je parle). Les fans d'Amstrad savent bien qu'une bécane avec moniteur intégré, mode texte haute résolution et logithèque pirate largement diffusée dans les lycées est une bonne preuve de réussite. Les heureux possesseurs de Commodore 64 savent pertinemment que leur bécane est la plus puissante jamais créée, globalement s'entend. Ceux qui ont eu un Amiga savent que soundtracking, ray-tracing et autres z-bufferings n'existeraient pas sans eux. Les amoureux transis de Mac devraient savoir qu'il existe plus d'un bouton sur une souris (ceci est une vengeance personnelle...).

Mais les fous de Spectrum, par quoi peuvent-ils commencer ?

L'amour qu'on a pu porter à cette bécane ne s'explique pas, tout simplement (NDLR : Comme tout amour qui se respecte...). Parce qu'en décrivant le Spectrum, les premières choses qui viennent à l'esprit, ce sont les défauts : BASIC limité (mais extrêmement convivial !), graphismes particuliers (euphémismes), sons bip-bip, logithèque énhauuuuurme mais un peu bancale, prestance un peu amateur... Défauts qui sont rapidement devenus des marques de fabrique, puis des qualités. Des défauts qui font qu'on aime cette bécane, des défauts adorables (NDLR : Comme tout amour..., bis repetita). Aussi, quitte à vous emmerder avec une prose lourde, je préfère commencer ce témoignage du Spectrum sur AUTRE CHOSE que le Spectrum. Ami lecteur, laisse-moi te présenter...la CBS Colecovision !


La Rolls ?

Que l'on soit bien d'accord. Si je suis venu à l'ordinateur, c'est via l'unique ami que j'avais à l'époque (je l'ai toujours... et il ne travaille pas dans l'informatique, niâââârk !). Môssieur avait un Aquarius. Sorte de mini-Oric créé par Mattel pour donner suite à son excellente console l'Intellevision. Désireux d'en savoir plus, je me jetât (jetusse ? jétansse ? jetais ? plongeâsse ?) sur un magazine d'époque, le numéro 17 de Tilt, spécial Noel 84... Ce magazine est désormais un collector ! Il représente en 200 pages l'intégralité de la micro-informatique de l'époque. 40 ordinateurs, 8 consoles de jeux, des jeux LCD, de jeux d'échecs, de jeux d'arcade (quand ils étaient inaccessibles)... Et 500 jeux. Sur lesquels 450 feraient aujourd'hui pisser de rire le plus sérieux des gardes de la Reine d'Angleterre. Mais quid des 50 autres ? Inaccessibles, eux aussi. Intouchables. Soyons tout à fait honnête : dans le rock progressif, nous avons Genesis, Yes, King Crimson, Spock's Beard...et puis les autres. Dans les playmates, nous avons Stacy Moran, Tiffany Taylor, Karen White et les autres (mouais, y'a Séverine Ferrer et Vanessa Demouy aussi, si on veut être chauvain...). Chez les cons, nous avons les politiques, les religieux, les fans de Mac (j'avais dit que c'était une vegeance personnelle) et les autres.

Parmi ces 50 jeux, aucun n'a perdu son pouvoir d'attraction.

J'ai été l'un des 1200 heureux acheteurs (merci maman merci papa...) d'une CBS Colecovision le jour de Noel 1983. Et cette console a été et reste une putain de console d'arcade. A l'époque, son Z80 cadencé à 3.7 Mhz a fait des ravages. 32 sprites affichables en même temps, 16 couleurs, joystick 8 directions, son sur trois voies. Si vous voulez l'équivalent de nos jours, prenez un Athlon 750 Mhz avec une TNT Riva 2 et une carte son Turtle Beach. Comment ? L'athlon n'est pas encore sorti ? C'est ça l'avantage : quand mes parents m'ont offert une CBS, pas de patch, pas d'overclocking, tout était là, prêt à fonctionner.

Pendant un an, j'ai découvert les joies de jeux comme Donkey Kong (le VRAI jeu d'arcade !!!!!!), Schtroumpfs (une vraie merveille pour les gosses), Zaxxon (un jeu en iso-3D...le tout premier du genre, totalement addictif, qui n'a pas perdu une once d'intérêt !!!). Pour m'achever, le Noel suivant, j'eus droit à la totale : Rocky (un summum du jeu de boxe livré avec de vrais joysticks de compétition), Super Action Football (un jeu de foot ahurissant avec ZOOMS DYNAMIQUES SUR LES TACKLES... Sur 16 Ko !!!!!)... Et Turbo. Qui coutait la peau du cul, certes, mais vous aviez alors un vrai jeu d'arcade professionnel avec volant analogique (!) et accélérateur. Si j'avais eu des amis à l'époque, j'aurais fait payer 5 francs la partie...et je vous jure qu'aujourd'hui, je serais riche ! Seulement à l'époque, je n'avais point d'amis. J'étais considéré, de par ma passion pour ces bécanes, de « petit intello morveux binoclard boutonneux fayot puceau minable » © (tm). Ce qui me fait hurler de rire quand je pense que sans moi, sans nous, sans vous chers lecteurs, qui avons défendu pendant 10 ans de froide incompréhension le monde de l'informatique, 50 % de nos actuels collègues seraient aujourd'hui au chômedu... Fin de la parenthèse.

Et cette année là, outre ces joyaux, j'eus droit à un machin tout noir fraîchement sorti des usines : le Sinclair ZX Spectrum +.

La baffe.

Un ordinateur pour moi tout seul. De la puissance, des octets, des bits, des Roms, des RAMs. Qu'on se comprenne bien : les points suivants sont extrêmement importants pour bien appréhender l'informatique moderne. Lorsque j'ai eu mon Spectrum, :

- j'ai déballe tout du carton et 100 % de l'ordinateur était présent. Pas de patch, pas d'overclocking, pas de composants à souder, pas de « next features » à attendre pendant 6 mois. Tu branches, ça marche.

- le manuel livré avec était un SUMMUM de perfection. Extrêmement coloré, très bien écrit, il offrait à la fois une initiation à l'informatique en général, au Spectrum et au BASIC. Vous me croirez si je vous disais que moi, petit minable en programmation (après 15 ans, j'en suis resté à 10 PRINT « Bonjour », 20 GOTO 10), mon père m'a branché le ZX à 9 h 30...et qu'à 11 HEURES, je commençais à taper les programmes d'exemple !?! Essayez de faire taper un texte de trois lignes à un apprenti-Windows en moins de deux jours !

- dès le début, tout m'a plu : clavier noir (j'adore le noir, je suis Sataniste, ça doit être pour ça, cherchez pas...), beaux branchements, couleurs écran superbes, définition impeccable, clavier sympa (c'était le Spectrum +, très pro et très différent du Spectrum de base avec ses affreuses touches en gomme qui, certes, avaient aussi leur charme).

- surtout, il régnait une part de mystère... Cet engin, c'était un ORDINATEUR. En 1984, croyez-moi, c'était loin d'être évident. Je rentrais dans la cour des grands...

- enfin, mes parents m'avaient acheté une compil de 8 jeux (alors ça voulait dire une valise grande comme la cuisse de ma soeur, et qui contenait HUIT CASSETTES !). Et de plus, il y avait la cassette de démonstration, ma-gni-fi-que... Ce qui me donne l'occasion d'aborder à la fois ma première cassette de programmes, et aussi ma première anecdote...


CRIN CRIN HUIIIIIIII PRONNNNNT CKZY CKZY Tape read error B...

J'étais déjà au courant de la façon dont on pouvait charger les programmes sur cassette. Déjà, les branchements magnéto, c'était pas triste. Ensuite, il y avait (surtout sur Commodore 64) les magnétophones haut de gammme qui auto-froissaient et déroulaient automatiquement la bande à côté dudit magnéto. Et surtout, quand on chargeait un programme, le magnéto restituait de façon audio la lecture des octets : un son grave pour les 0, un son aïgu pour les 1. Ce qui, à 1500 bauds par seconde, donnait une symphonie à mi-chemin entre Metallica bourré (Metallica, quoi) et une version masculine et castrée de Lara Fabian sous acides, mais en mieux je vous rassure. Et rien que ça, c'était EXTREMEMENT impressionnant et ça n'a pas d'équivalent de nos jours. On VIVAIT le chargement du programme.

INTERLUDE NOSTALGIQUE ET GRATUIT

Profitons-en pour rappeler qu'à l'époque, un jeu se chargeait en 5 minutes. Et 5 minutes sans rien faire, c'est long. A moins que vous n'ayiez envie de pisser, auquel cas ça vous laisse 4 minutes et demie... Donc quand un jeu était chargé, on y réfléchissait à deux fois avant de rebooter et on profitait un max de ce qu'on avait sous les yeux. Fin de la parenthèse. C'était notre émission quotidienne : comment passer pour un vieux con qu'a même pas d'ultra-DMA sur son master IDE.

Bref, le chargement d'un programme avait quelque chose de mystique, de vaudou, et pour mes oreilles chastes (c'était l'époque où les gamins de mon âge avaient peur de « la sirène d'Antenne 2 »... Les connaisseurs apprécieront ce souvenir particulièrement désagréable. Les plus jeunes peuvent s'imaginer Bob Dylan imitant Hannah Stobart elle-même chantant un vieux 16 tours de Mireille Mathieu en Ski-Lankais, ils n'auront qu'une vague idée de la torture auditive que cette putain de chaîne nous a fait endurer)... Oui, donc, pour nos pures oreilles de bambins innocents (pffft), ces incessants couinements étaient franchement impressionnants. J'ai donc reculé pendant plus d'une semaine le moment fatidique qui séparait ma douce innocence de mon premier chargement sur cassette. Entre nous, j'avais également peur d'autre chose : que ça ne marche pas. Et sur PC, j'ai toujours cette peur-là...mais qui ne l'a pas ? (Bilou, nouveau roi du suspense ? Tremble, Clive Barker !).

Le samedi, je mets donc ma cassette de démonstration, tout en bavant de toute ma salive devant les 8 « vrais » jeux vidéos que j'avais en outre à ma disposition. Je mets la cassette, je me bouche les oreilles, j'appuie sur Play...

....et rien !

J'ai ensuite fait des essais avec d'autres jeux, puis refait des essais sur cette cassette.... Et deux mois plus tard, j'ai enfin eu la réponse : cette K7 de démonstration, la toute première de ma vie, était....vierge ! Erreur de duplication ! Prémonitoire ??? Troublant en tous cas.

Ce qui m'a donné l'occasion d'essayer d'autres jeux. Pssst (mon tout premier jeu micro...sniff !), JetPac, Cookie, Flight Simulator, Reversi... Et ce foutu Chequered Flag !!! Là, j'ai compris (après 8 heures de jeu intensif et des réprimandes parentales somme toute bien compréhensibles) que j'avais touché le Nirvana.

Le Spectrum offrait effectivement des jeux simples mais terriblement sympathiques. Les couleurs tranquilles, les animations coulées, les jeux aux principes peinards, tout celà respirait (et respire encore) une bonhomie hallucinante. Ensuite, une fois familiarisé avec l'ordinateur, ses touches à 54984621 fonctions (non, je déconne, elles n'en avaient que 54984520), ses chargements bzz bzz groin groin, son magnéto azimuthé (façon de parler, en fait il ne l'était pas du tout au contraire !), je me suis rendu compte que j'avais en ma possession un ordinateur culte. Faut dire qu'à l'époque, il y avait au moins 20 standards différents (ah bon, je déconne ? Amstrad, Alice, Atari XL, Apple, MSX, Philips, TRS, Texas Instruments, Commodore 64, Vic 20, PC Jr, Hector, Adam, Lynx, Zx 81, Oric et Atmos, Excelvision, Dai (un putain d'ordinateur belge qui te niquait la race de ton SVGA de la reumo), Thomson MO5 et TO7...j'arrête là ?). Et que parmi tous ceux-là, j'avais l'impression d'avoir le meilleur. Et via les magazines, via Tilt, ses critiques sympas et ses hors-séries Programmes géniaux, puis via Saint HHHHebdogiciel, notre paire à tous et ses putains de programmes qui feraient rougir de honte Bill Gates, et surtout via les jeux que mes parents m'achetaient (à l'époque, point de piratage....ça, ça allait venir avec l'Amstrad, niark !), je découvrais des trésors absolus. Voici un bref aperçu des jeux EXTRAORDINAIRES (ce n'est pas une connerie, c'est un euphémisme poli) que j'ai pu découvrir sur Spectrum...


Jet Pac

[imag:7.png]Simple : toi cosmonaute, toi trouver pièces de vaisseau spatial. Ce jeu fonctionnait sur Spectrum 16 K, et je me demande encore comment. Le principe de jeu est tellement bien foutu qu'on y restait des heures durant. Et les graphismes étaient....mignons. Pas beaux, mais furieusement mignons. C'est je crois le premier jeu que j'ai découvert sur Spectrum et il m'a scotché.

Flight Simulation

[IMG8]J'ai jamais rien bité à ce jeu, imperméable que j'étais aux simulateurs de vol. Mais de nos jours, je me rends compte qu'il était fabuleux, surtout pour l'époque. Aterrissage aux instruments, brouillard, gestion des flaps... Dans le genre, Intercepteur Cobalt de Ere Informatique avait également frappé très fort.

Reversi

[IMG9]Moche, bichrome, en 16 K.... Mais c'est le premier jeu de société que j'ai découvert. Et ça vous ouvre des portes !

Chequered Flag

[IMG10]Au milieu des jeux sympas de mes premiers amours, il y avait cette petite cassette... Croyez-moi ou pas, mais la première fois que je l'ai tenue dans mes mains, j'ai ressenti une drôle de sensation. Comme la première fois que j'ai tenu Guylaine... Oups. Sorry. Oui, Chequered Flag donc. De nos jours, n'importe quel possesseur de F1 Grand Prix se pisserait dessus en voyant ce « logiciel de simulation ». Pas de concurrents, vision du cockpit douteuse, aucun réalisme... Mais ce jeu développait un CERTAIN réalisme. Il avait ses propres règles et offrait un challenge superbe : battre son record de piste. Tout con ? Certes. Mais tentez deux tours de piste en qualif sur les daubes en 3D texturée qui sortent de nos jours. Dans Chequered Flag, il n'était pas question d'arriver premier, juste de calculer sa trajectoire. Et je vous garantis qu'encore aujourd'hui, des gens tentent de battre des records.

Spy vs Spy

[IMG11]Acheter Spy Vs Spy, c'était entrer dans l'inconnu, dans un monde bizarre, l'équivalent en jeu de Spock's Beard en musique (dernier album Day For Night en vente... euh, pardon). Ce jeu était dôté d'une exceptionnelle réputation, MAIS : 1) il fallait y jouer à deux, 2) les instructions étaient en anglais taré. J'ai toujours joué tout seul, et sans rien piger de l'anglais. Qu'importe. Spy VS Spy reste un grand chef-d'oeuvre de l'informatique, un concept génial sans cesse renouvelé. L'humour macabre, les situations chaque fois différentes, la stratégie changeant à chaque seconde, les pièges, ce jeu ne se décrit pas : il se vit. Adapté partout (dont une version sympa et très colorée sur Sega Master System), il mériterait une version 3D sur PC... Mais rien que tel quel, brut, c'est un bijou absolu.

Beach Head

[IMG12]Le - pote - dont - j'ai - parlé - juste - avant - suivez - bordel avait acheté ce jeu rien que pour l'écran de présentation. Beach-Head fut le premier grand jeu incorporant plusieurs phases de jeu indépendantes. Une vraie révolution pour l'époque (merci Bruce Carver !). Il reste de nos jours un grand classique car franchement, les étapes sont sympas, gentounettes, mais l'avant-dernière (le débarquement sur la plage de Normandie) est déjà franchement stressante...quant à la phase finale, l'attaque du bunker d'Adolf, c'est un bijou 36 carats de nervosité ambiante. Ca éneeeeeeeeeeeerve, cette phase de jeu ! On en est totalement déconcentré, résultat on sait pas quoi faire, on tire au pif, en plus il y a ce foutu son répétitif qui porte sur les nerfs....
Vous connaissez la suite : Game Over. Beach-Head, qui fut le premier jeu vidéo sur micro-ordinateur à connaître une importation sauvage des U.S.A. en France, reste un des titres phares de l'histoire du jeu vidéo, particulièrement sur Commodore 64.

Ghost Busters

[IMG13]«J'ai un jeu qui parle».
«Oh arrête, tu déconnes ! ».

Un jeu qui cause dans l'poste ! Sur Spectrum, eh, ouarf ! Et pourquoi pas Marillion qui se met à la techno ? (Remarquez, c'est un mauvais exemple, mais bon). N'empêche que la première fois que mon pote m'a fait voir Ghostbusters, ma mâchoire s'est décrochée aussi bas que quand j'ai vu Nicole Wood. Résumons le contexte : le 19 Décembre 1984 sortent en France deux chefs-d'oeuvre absolus du cinéma fantastique, à savoir Gremlins et S.O.S. Fantômes, et moi, futur réalisateur de cinéma, j'eus la bonne idée de ne pas aller les voir (je sais, la connerie est un virus qui se chope très jeune). Et du coup, une semaine après sa sortie, Ghostbusters était devenu une sorte de culte pour moi, machin inaccessible auquel je n'avais pas le droit. Mon pire ennemi (qui discutait tous les jours avec moi, comme tous les pires ennemis quand on a 10 ans et pas de poil au cul) l'avait vu et me faisait saliver avec des détails croustillants. Quand le jeu est sorti, il bénéficiait donc déjà chez moi d'une aura exceptionnelle. Et quand j'ai entendu mon pauvre Spectrum hurler « GHOST-BUSTERS ! WOUAH-AHAHAHAH ! », j'ai eu les cheveux dressés sur la tête. Bordel, d'où ça sortait, ça ? Certainement pas de mon pauvre ch'tit beeper. Et pourtant si ! Autant que le thème du film (que j'achetais trois jours plus tard en disque... Ce fut mon second disque de rock. Mon premier fut Flick Of The Switch de AC/DC. Vous saurez tout sur ma vie privée, que vous le vouliez ou non). Bref, tout dans ce jeu m'a éclaté : les écrans entre sérieux et ironique, la grande complexité apparente, le côté aléatoire, l'incompréhensibilité notoire qui faisait partie du charme, sans compter les géniaux écrans finaux qui existaient sur C64 et Sega....mais dont aujourd'hui encore je mets en doute l'existence sur la version ZX !
Ghostbusters était un mélange de jeu très cool, voire berçant, et de furie barbare, selon l'humeur du joueur. J'ai du attendre 9 ans et Doom pour retrouver de telles sensations de personnalisation d'un jeu.

Beach Head 2

[IMG14]Beach-Head était si génial, comment le surpasser ? En reprenant le système multi-jeux mais avec des scènes totalement différentes ! Largement plus complexe, plus tactique aussi, Beach-Head II (et sa jaquette très classe) m'a extraordinairement plu malgré ses défauts (buggué jusqu'à l'os). Ce fût d'ailleurs la première séquelle vidéo réellement convaicante.

Raid over Moscow

[IMG15]La suite de Beach-Head encore très sympathique et variée. C'était à l'époque un jeu extrêmement spectaculaire, avec des séquences en 3D carrément incroyables. Pas réalistes du tout, mais vraiment bien torchées. Il regnait sur ce jeu une RÉELLE ambiance de guerre froide, et on trépidait, surtout que le premier niveau était loin d'être évident. Je possédais la version "Raid over Moscow" et pas "Raid !" après la censure suite aux protestations des Polonais. Si vous avez aussi cette jaquette complète, ne la cédez à aucun prix : elle vaut de l'or.

Impossible Mission

[IMG16]Jeu culte sur C64 (pask'y causait lui aussi, eh !), I.M. n'émettait pas le moindre son sur ZX. Mais le génie était ailleurs. D'abord, le packaging : un livret de 32 pages informant de la mission avec croquis and so on. Ensuite l'histoire : un ancien fou de jeux vidéos qui décide d'exterminer le monde suite à une sordide histoire de pingouins et de coupure d'EDF (on dirait un album de Gwar). Enfin, la variété immense de ce jeu : entre jeu d'action (FOUTREMENT POINTU !!!), jeu de stratégie, d'aventures, puzzle, course contre la montre, on a rarement vu autant d'inventivité.

Daley Thompson's Decathlon

[IMG17]Con, ce jeu l'est assurément. Mais il avait pour lui plusieurs atouts. D'abord, quand j'ai chargé la page de présentation, je n'en ai pas cru mes yeux : tant de beauté plastique en 256 x 192 et bichromie sur 8 pixels, c'est de la folie ! Ensuite, le principe couillon a marché à fond les gaz : appuyer comme un barbare primitif sur deux pauvres touches innocentes et condamnées à une agonie certaine, le tout le plus rapidement possible. J'en ai passé des heures à battre le record du 110 M haies. Coordination, endurance, efficacité : wow ! Rarement un jeu aussi stupide n'aura autant fait l'unanimité, surtout qu'il y avait les DIX épreuves du décathlon. En 48 K, messieurs de chez Cryo...

Macadam Bumper

[IMG18]Ce jeu de flipper a fait craquer tout le monde. Pin-up bandante en présentation, sons déments, paramétrage pointu, secousses et tilt, rapidité de l'action... Et possibilité de construire ses propres flippers, et ce sans aucun bug !!!!!!! Depuis, des tas de jeux ont tenté de faire pareil, sur Atari notamment, mais soyons sérieux : aucun même aujourd'hui n'arrive à la cheville de Macadam Bumper. Quoi, Pinball Fantasies ? Il est génial, oui, maison ne peut pas CREER son flip !!!

Spy Hunter

[IMG19]Une adaptation d'un jeu d'arcade. Pas génial, mais je m'en souviens très bien parce qu'à l'époque, même si le jeu était limite daubique, on avait vraiment l'impression de s'éclater sur la borne d'arcade. C'était étrange et ça l'est toujours aujourd'hui.

Vox

Pas un jeu ? Okay, mais je me suis plus éclaté avec ce programme qu'avec les autres. D'abord, à l'époque, il était hors de prix : 180 balles (oui, messieurs de chez Cryo, vous avez bien lu !). Ensuite, relisez ce que j'ai écrit sur Ghostbusters et effacez-le. Vox permettait de faire parler son Spectrum. En français. Avec modulations et chant. Et ce pendant des heures (avec un 48 K !). Je me suis éclaté à lui faire répéter les pires conneries, comme jamais. Sur PC maintenant, on a la même chose en beaucoup mieux techniquement. Mais soyons sérieux : pour un programme sur 48 K en 1984, Vox tient de la prouesse et je n'ai toujours pas compris COMMENT ces enfoirés de chez Ere Informatique (l'ancêtre de Cryo....argh !) avaient fait leur compte.

Psytron

[IMG20]Voilà, on va rentrer dans le trio de tête. Pystron est un jeu qui au premier abord est exceptionnellement beau. Pour du Spectrum, les graphismes sont fins et détaillés comme jamais. Ensuite, après le premier choc et le second - la perfection de l'interface - on découvre un jeu dont l'action se déroule globalement sur une surface de 6 pixels sur 7 et avec trois touches. Et on est pris au piège. Psytron, c'est le parfait mariage de la simplicité (but du jeu, touches) et de la complexité (décors, raccourcis claviers, action « multi-tâche », stratégie, réalisme).... Impossible de décrire ce jeu, il faut vraiment y jouer pour le comprendre. Vraiment, vraiment intouchable !

Eureka

[IMG21]« 250.000 francs à qui résoudra l'énigme ! ».

Pub alléchante. Personne n'a jamais pu empocher le gain. Et pourtant, le jeu n'a pas été truqué (prouvé par huissier !). C'est juste que Eureka était un jeu d'aventures tellement exceptionnel... Imaginez : 250 balles le jeu, pochette en carton ultra-chic, manuel genre Bible reliée, cassette de 90 minutes bourrée à craquer. 5 chapîtres divisés eux-mêmes en deux parties : un jeu d'action/labyrinthe ultra-complexe et hautement addictif qui permet de gagner autant de points de vie qu'on reste longtemps, puis une partie aventure texte et graphique terriblement bien foutue. Décors géniaux, musiques stressantes, et le scénario, mamma mia, concocté par THE génie Ian Livingstone. Ah bon, vous connaissez pas ? Et l'inventeur des Livres dont Vous êtes le Héros, c'est Dugarry, peut-être ?

Quant aux cinq aventures, voici l'histoire : vous traversez le temps pour retrouver cinq morceaux de cristal. Les époques sont la préhistoire (décors barbares), la Rome Antique (ambiance fantastique), le Moyen-Age (un chef-d'oeuvre !!! mélange des Monty Python, des légendes, des disques de Rick Wakeman et d'autres surprises...vraiment surpenantes ! (ah ! la fée Morgane, son corps de déesse Niki Tayloresque et son Colt 45 !)), la forteresse de Colditz (curieusement, l'aventure la plus « facile » à démarrer au départ.... mais c'est une fausse impression !) et les Temps Modernes, les Caraïbes de James Bond (des clins d'oeil à une vitesse à en faire rougir Vincent Lindon).

Eureka est un programme informatique. A la base. Pendant trois mois, il a été beaucoup plus : mon mode de vie. Jamais un jeu d'aventures n'a été aussi addictif dans l'histoire de l'informatique. Et dire qu'il n'est même pas diffusé sur le Net... Les chefs-d'oeuvre sont souvent incompris !

The Lords of Midnight

[IMG22]On va finir avec le gros morceau. TLOM est largement plus qu'un jeu. C'est indescriptible. Imaginez : vous êtes en 1984. Vous achetez un jeu qui déjà est livré avec une géniale nouvelle d'heroic-fantasy indispensable et au charme fantastique. Le jeu est livré avec une carte indispensable elle aussi et qui fait penser aux meilleures descriptions des paysages de Tolkien et Mike Moorcock. C'est un jeu de rôles mi-texte (très important et varié, le texte) et graphique en 3D vue du personnage. C'est pas tout...
32.000 décors différents (temps de calcul = 1 seconde). Plus de 20 actions différentes. Près de 25 personnages totalement autonomes (sauf si vous le désirez !) que vous contrôlez en même temps, en jonglant avec l'espace-temps ! A la fois jeu de rôle extrêmement complexe, jeu d'aventures palpitant et wargame sanglant et cruel, TLOM est un jeu tout bonnement incroyable... Ou plus exactement pas croyable. Car il tenait sur 48 Ko. Et il est plus complet que vous n'oseriez l'imaginer. Les séquelles sur PC ont rivalisé de nullité, mais le génie qui a créé ce monde, Mike Singleton, a réussi à réitérer l'exploit avec Midwinter, chef-d'oeuvre sur Atari ST. Dans les deux cas, vous êtes en présence de ce que le jeu sur micro-ordinateur peut offrir de plus palpitant, excitant, intelligent. Et l'optimisation du code laisse pantois.
TLOM ne se joue pas, il se vit. Même si vous êtes habitué aux super-productions PC sur 7 Cds, préparez-vous quand même, au cas où vous jetteriez un oeil sur ce jeu, à passer quelques nuits blanches, un café chaud dans les mains, la carte de Midnight sur les genoux et the Lord of Corelay combattant à vos côtés l'infâme Doomdark.

Voilà, en gros, les premières mémoires d'un vieux qui n'a pas vu de vrai Spectrum depuis dix ans. Il y a des tas d'autres jeux disponibles qui feront peut-être l'objet d'un second article (si j'arrive à me réveiller :-) mais si vous avez déjà des commentaires à formuler, n'hésitez pas et gueulez auprès du maître de cérémonie à screek@caramail.com. En attendant, bon jeu, bonne prog' et bons souvenirs...


Remerciements

Cet article a été rédigé par Steven Creek, allez voir son site qui vaut largement le détour si vous aimez le cinéma et la musique, [LNK14] !.

 
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