" C'était il y a bien longtemps, dans une contrée lointaine, jadis recouverte de forêts..."
Principalement connu pour sa série de courses automobiles Tokyo Xtreme Racer sur Dreamcast, et conscient de ne pouvoir rivaliser avec les mastodontes du RPG sur consoles, le studio de développeurs Genki décide d’investir le petit monde des Pokémon-like, fort peu représenté sur Playstation. Si le succès critique n’est pas retentissant, la première incursion du studio japonais dans le genre heroic fantasy aura marqué les esprits par sa trame scénaristique particulièrement soignée, son univers sylvestre coloré et sa mythologie bestiale. Créé autour d’un court-métrage d’animation, Jade Cocoon emprunte ses graphismes et son univers à ceux du maître Hayao Miyazaki. A cela, rien d’étonnant puisque le concepteur du design de ce jeu, Katsuya Kondo, a travaillé sur Porco Rosso, Mon Voisin Totoro et surtout Princesse Mononoke, dont on retrouve la plupart des influences. Sa présence dans l'équipe de développement confère à l’univers offert par Jade Cocoon un aspect à la fois complexe, intense et rafraichissant. De manière anecdotique, on pourra également retenir que la sortie de ce jeu a précédé, de quelques semaines, l’avant-première française du film Princesse Mononoke, permettant ainsi de prolonger cette expérience cinématographique unique.
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… En ce temps-là, l’esprit de la nature veillait sur le monde sous la forme d’animaux gigantesques…
Sur la terre de Parel, le monde est ordonné autour de la foi mystique en Elrhim, dieu de la forêt et source de toute vie. Les villages sont distants, îlots isolés dans une forêt regorgeant de monstres hostiles. Chacun de ces villages abrite un Maître des Cocons, à la fois combattant et purificateur, qui défend les habitants en maintenant les créatures de la forêt à l'écart de la Sphère Divine, protectrice des humains. Pour ce faire, le Maître capture les étranges animaux qui peuplent les bois grâce à un ocarina et des cocons de soie. Ces cocons doivent ensuite être purifiés par une prêtresse du peuple Nagi. Ce sont les Créatures divines, issues des cocons purifiés, qui combattent alors pour le Maître des Cocons. Dans le village de Syrus, le Maître des Cocons, Riketz, a disparu depuis des années dans la forêt. Son fils Levant se prépare à épouser Mahbu, la jeune demoiselle Nagi qui lui est promise, lorsque la Malédiction d’Alcana s’abat sur les villageois. Les Onibubu, les Sauterelles de l'Apocalypse, brisent la Sphère Divine et répandent une poudre soporifique qui endort presque tous les habitants. En apprenant que l’herbe de Calabas est l’unique remède à ce mal, le chef du village charge Levant, en sa qualité de futur Maître des Cocons, de s’en procurer.
…Hommes et bêtes vivaient en harmonie…
Force est de constater qu’un soin tout particulier a été apporté à l’atmosphère du jeu. L’univers animiste de Jade Cocoon est ainsi sublimé par des décors en image de synthèse enchanteurs, plongeant le joueur dans une forêt onirique habitée d’esprits lumineux. Les effets visuels forcent l’admiration et l’ensemble graphique soutient la comparaison face à d’autres titres sortis à la même époque, tels que Star Ocean ou Final Fantasy VIII. Si les scènes cinématiques adoptent un format animé, celui-ci est d’excellente qualité et rappelle sans difficulté l’empreinte du Studio Ghibli, conférant au jeu une ambiance qui lui est propre.. Les musiques sont très douces et l'ambiance sonore générale s’accorde parfaitement à l’univers décrit. De plus, l’aspect animiste du monde de Levant est fort bien desservi par des airs de flûte convoquant jusqu’aux mythes les plus ancestraux de la culture amérindienne. Toutefois, ce qui aura le plus marqué les joueurs, est le doublage intégral, et en français, du jeu. Ce doublage, rare pour l’époque, est d’autant plus remarquable qu’il est d’excellente facture. On se laisse ainsi véritablement envahir par cette atmosphère unique et magique.
… Mais, les siècles passant, l’équilibre se modifia...
Jade Cocoon est un Pokemon-like alternant phases de déplacement et combats. Le système de combat est basé sur le classique, mais toujours efficace, tour par tour. Toutefois, contrairement aux héros des RPG traditionnels, Levant dispose de caractéristiques strictement identiques tout au long de l’aventure. Il reste donc relativement faible en comparaison des créatures qu’il devra affronter. C’est uniquement son statut de Maître des Cocons qui l’autorisera à mener l’aventure jusqu’à son terme. Armé de son ocarina, Levant devra capturer les créatures de la forêt dans des cocons de soie, et en faire des Créatures divines après leur purification par Mahbu. Il pourra alors vendre la soie obtenue pour gagner quelques Yans ou dresser, entraîner et même fusionner les monstres capturés, comme dans n’importe quel élevage. Ces animaux grandissent au cours du jeu et, comme pour les Pokémons, leur apparence évolue avec les niveaux (5 au total).
CONCLUSION
… C’était le temps des dieux et le temps des démons ».
Malgré ses indéniables qualités graphiques et son concept, finalement assez novateur et suffisamment peu courant pour être noté, Jade Cocoon souffre d’une simplicité par trop enfantine. Le jeu peut ainsi aisément se concevoir comme une introduction aux RPG japonais. Avec sa réalisation soignée, son univers unique, une bande-son mémorable et un système d’association simple à appréhender, le jeu propose une expérience particulièrement immersive et un monde propice à la fresque épique. Malheureusement, son concept lui-même l’empêche de s’imposer au même titre que la licence Pokémon, par exemple. En effet, l’intérêt du collectionneur de créatures de combat doit être stimulé à tout moment, principalement en raison de l’aspect, par nature, répétitif, de la capture de monstres. Or, le système de combat de Jade Cocoon est mou et manque singulièrement de richesse, la durée de vie est indigne d’un jeu de rôle et le replay value inexistant. De plus, si la trame scénaristique et l’univers du jeu sont particulièrement riches, on ne pourra guère en dire autant de la personnalité de ses protagonistes, trop effacée pour les rendre attachants. Jade Cocoon saura ainsi, sans aucun doute, plaire au plus jeunes, les autres risquant cependant de rester sur le bord des sentiers de ses immenses forêts.